De reporter mondaine à chômeuse alcoolique

Il n'y a qu'un PAF.

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Compte-rendu de lecture : Sans alcool - Claire Touzard

Claire Touzard boit.

Elle boit comme une parisienne qui vit, alternant apéros entre copains, événements professionnels, dîners gourmets. Elle boit comme une parisienne qui boit, en terrasse, en reportage, au restau, ou enfermée seule sur son canapé avec une bouteille fraîchement achetée chez le caviste d’en bas.

Un jour, elle touche le fond. Remerciée du jour au lendemain par son employeur officieux, la partie canapé se met à prendre trop de place pour qu’elle ne puisse plus le voir.

Elle décide de ne plus boire.

Bien sûr, elle se heurte à l’omniprésence de l’alcool dans le quotidien, aux préjugés que soulèvent le fait d’admettre qu’on boit trop comme le fait d’assumer de ne pas boire. Elle met mal à l’aise, elle craint de devenir ennuyeuse. Elle doit réinventer des rituels, des habitudes.

Surtout, en décollant de sa peau le film de l’addiction, elle voit s’aiguiser ses pensées, ses émotions. Une nouvelle compréhension de son existence passée émerge.

Sous l’alcool, la violence. C’est évident lorsqu’on pense aux alcooliques qui battent leurs femmes. Claire Touzard en cerne d’autres nuances. Celles de ses brouilles de fin de soirée, et de ses fins de soirée brouillées option glauque. Celles du capitalisme, du patriarcat, du monde des médias. Elle relit sa vie de fêtarde comme une vie de colère. Sa manière de boire pour résister comme une façon d’encaisser. Les mots sont d’une éloquence simple, elle se tabasse la gueule.

Il y a eu pourtant des moments de grâce, de légèreté. Des liens plus facilement créés. Claire Touzard ne nie pas ce qu'elle a trouvé, prouvé, avec l'alcool. Il y a aussi la possibilité, réelle pour quelques rares, et dont elle, se prend à rêver, de la consommation modérée. Elle n'écrit pas un traité d'hygiénisme. A l’opposé des boucles infinies de la pensée exaltée arrosée par le vin, elle prend le temps d’observer, de noter, de se confronter avec lucidité et humilité. En quittant la place qu’il occupait dans sa vie, l’alcool dessine des creux, qu’il s’agit de ne plus remplir à ras-bord, mais d’embrasser dans toute leur sinuosité.


Le livre :

Sans alcool - Claire Touzard

Une phrase à méditer :

« Quand je buvais, je confondais qui j’étais avec qui je voulais être » (une participante à une réunion AA)